L’homme des plaines
Il avait sellé son cheval avant de partir. Vérifié une nouvelle fois si tous ses vivres, armes et guides étaient dans sa sacoche. Une jambe lancée au dessus de la croupe de son cheval, et il était déjà loin du village. Romuald avait le teint tanné des gens qui vivaient dehors. Chasseur de trésors, il avait l’habitude de parcourir ces hautes plaines, qui recelaient bien des mystères.
Il approchait de la montagne bleue et fit ralentir sa monture. Il regarda autour de lui, un peu inquiet de ce qui l’attendait. Il devait se rendre chez la sorcière Zaldéa, pour un échange. La réputation de celle-ci n’était plus à faire, et pour la première fois depuis longtemps, Romuald avait peur. Une voix parcourut les hautes herbes. Une voix qu’il avait l’impression de connaître.
– Je sais ce que tu as dans ta sacoche, et je le veux.
Il s’agrippa à ses rênes, et son cheval renâcla. Lui non plus ne se sentait pas vraiment à l’aise. Des nuages avec une forme inhabituelle s’étaient amassés au dessus de l’arbre parleur.
– C’est toi qui parle ?
Romuald avait crié. Mais il n’eut aucune réponse.
– Montre-toi.
Il tentait de garder son calme, mais la peur l’étreignait. Le vent s’était remis à souffler, charriant des sons, encore plus de sons, toujours plus de sons différents. Il talonna son cheval, et repartit en direction de la montagne bleue. La pierre qu’il avait en main s’était remise à scintiller. Ses couleurs prenaient des teintes différentes, du bleu clair au rouge éclatant. Il ne savait pas ce que cela signifiait. Il remit son destrier au pas pour franchir le pont qui le mènerait dans le monde de la sorcière.
Un éclair tomba près d’eux, le cheval se cabra, Romuald chuta et l’animal partit au grand galop dans la direction de l’est. Romuald se releva difficilement, il n’avait plus 20 ans. Et il constata avec amertume que cette fois-ci, il se retrouvait réellement tout seul. Il prit la pierre dans sa poche, la regarda attentivement. Elle avait cessé de briller. La montagne bleue se dressait devant lui, imposante, menaçante. En l’observant attentivement, on pouvait discerner quelques maisons, ça et là, mais elles semblaient toutes abandonnées. Il remit sa capuche sur sa tête et avanca. Il était prudent, il y avait de nombreux trous dans le sol. Il avait déjà mal au dos, il ne voulait pas aggraver son cas. Il voulait absolument atteindre la grotte de la sorcière, c’était vital. Il crut entendre des rires dans son dos, il savait que certains esprits étaient farceurs. Son père lui avait raconté de nombreuses histoires à leurs sujets. Comment ils pouvaient porter bonheur ou au contraire, attirer la malchance. Plus un homme avait le coeur pur, plus il avait la possibilité de découvrir un bon esprit.