Viens chercher bonheur
Le soir était tombé très vite ce jour-là. Élise s’était dépêchée de rentrer chez elle. Il n’y avait personne dans les rues. Les lumières des lampadaires étaient blafardes, projetant des ombres menaçantes sur le bitume. Le bruit de ses pas résonnait autour d’elle. Elle frissonna, s’enroula dans son manteau. Le froid s’insinuait en elle. Elle bailla. Elle avait travaillé particulièrement dur pour pallier à l’absence de sa collègue. Enfin, l’immeuble où elle habitait apparu, au fond de l’impasse. Elle s’arrêta net. De très loin, elle entendait du bruit. Une musique endiablée qui tranchait avec la solennité habituelle du lieu. Elle se rapprocha de la porte d’entrée. Elle semblait vibrer, les marques de peinture lui firent de l’œil. Ouvre, ouvre, ouvre. Élise posa la main sur la poignée et poussa la porte. Mousica. Viens chercher bonheur. Un apollon brésilien se tenait devant elle, un sourire éclatant sur le visage.
Ma chérie, viens, viens prendre cocktail. Une femme aux cheveux bleus lui prit le bras et la fit rentrer à l’intérieur. Elle ne reconnaissait plus son appartement. Il y avait de la musique forte, des airs de carnaval, son chat avait coiffé une perruque rose et se dandinait au rythme de la samba. Un homme déguisé en aigle royal lui tendit une main pleine de gélules. Bleue, rouge, noire ou verte ? Elle ne comprenait plus rien. Un ara vint se poser sur sa tête. Elle est là, c’est Élise, acclamons-là. La foule s’était arrêtée et écoutait l’oiseau. A son signal, ils applaudirent très fort. Élise commençait à se détendre, même si elle ne comprenait pas comment il pouvait y avoir autant de monde dans son si petit salon. Le perroquet vint se poser devant elle.
« Coco aime Élise ».
Ah ! Première nouvelle ! Elle le caressa, une plume tomba, blanche comme la neige.
« Coco veut te manger » .
Non, ça, ça n’était pas possible. Elle commença à s’agiter, puis se sentit tomber. Elle cria.
Toute haletante, elle avait retrouvé le calme de la nuit, dans son immeuble gris et froid. Dieu soit loué, ce n’était qu’un rêve. Il n’en restait qu’une trace, une belle plume blanche qui appartenait à un oiseau qu’elle n’avait jamais eu.