Au commissariat
L’agent avait tapé du poing sur la table, le faisant sursauter.
– Mais, enfin, vous devez bien vous souvenir de quelque chose?
Il sentait tous les regards fixés sur lui. Sa petite voisine, les yeux embués de larmes. Sa mère, qui n’avait pas l’air commode, le commissaire qui lissait sa moustache et semblait ailleurs, et l’agent qui, manifestement, perdait patience devant ses hésitations. Il bégayait.
– Mais … Je dormais monsieur l’agent. Et il faisait nuit. Ce lapin aurait pu s’enfuir n’importe quand.
La petite fille explosa.
– Vous insinuez qu’il ne m’aimait pas assez pour rester avec moi, c’est ca ?
– Non, pas du tout. Je ne voulais pas dire ça.
Il prit sa tête dans ses mains. Dans quelle galère était-il allé se fourrer, tout ça pour un lapin nain.
– On a retrouvé des traces de pas sous la fenêtre de la chambre de l’enfant. Traces qui correspondent à vos chaussures. Que répondez-vous à cela ?
L’homme était paniqué. Il ne savait plus quoi dire. Il avait pourtant tout essayé pour laisser le moins d’indices possibles. Mais les flics avaient quand même réussi à remonter jusqu’à lui.
Un agent vint ouvrir la fenêtre de la salle dans laquelle ils se trouvaient tous. Un mince espoir germa dans sa tête. Et s’il en profitait pour prendre la clé des champs. Le commissariat était dans une zone peu éclairée, il pourrait facilement s’y cacher. Tout ca pour un lapin. Il n’en revenait pas. Mais il ne pouvait décemment pas leur dire la vérité quand même. L’enfant lui en voudrait éternellement, et il l’aimait bien, cette petite fille, tout de même. Alors que dire ou quoi faire ? Il ne savait pas. L’agent tournait autour de lui, comme un lion en cage, affamé, prêt à sauter sur sa proie. Et c’était lui, la proie. Il n’y tient plus et lâcha la phrase qu’il devait à jamais regretter :
« C’est mon boa Harry qui l’a mangé, voilà. »