La boite en fer
Elle s’était levée très tôt ce matin-là, après une nuit agitée. Elle avait rêvé une nouvelle fois de cette fameuse boite, celle dans laquelle son défunt mari avait emprisonné leur mariage. Si elle en parlait à son fils, il se moquerait à coup sûr. Aussi, c’est sans rien dire à personne, de son pas encore vif pour une personne de son âge, qu’elle s’était dirigée vers la bibliothèque du village. Elle croyait fermement aux prémonitions, et, son rêve le lui avait assuré, Ferdinand, en tant qu’ancien bibliothécaire, avait caché la boite là-bas. En passant la porte d’entrée, elle fut apaisée par le calme. Marjorie, la nouvelle employée, lui fit un grand sourire. Elle erra entre les étagères, en réfléchissant.
« Ferdinand, qu’as tu fait de nos souvenirs ? »
Elle passa une main sur la tranche des livres, espérant une révélation.
La porte s’ouvrit de nouveau, la faisant sursauter.
« Oh mon dieu, c’est Germain ».
Le vieux Germain, son amoureux de l’école primaire, qui depuis 80 ans, n’avait jamais perdu l’habitude de la suivre partout où elle allait. Se lever tôt n’avait manifestement servi à rien, il la retrouvait toujours, quoi qu’elle fasse. Elle soupira et se glissa entre les rayonnages. Elle ne voulait surtout pas qu’il la voit. Elle se tint immobile un long moment, retenant son souffle par moment, de peur qu’il ne l’entende. Mais, pour une fois, il ne la regardait pas. Il était plongé dans la contemplation du seul tableau qui ornait les murs de la petite salle.
« Mais qu’est ce qu’il peut bien trouver à cette croûte ? » se demanda-t-elle, les yeux fixés sur Germain. Elle le vit s’approcher de la toile et la décrocher du mur. Tout à coup, ce tableau qu’elle n’aimait guère prit une importance folle.
« Mais quel malotru, ce vieux, il ne va tout de même pas emmener ce tableau ? Mais c’est du vol ! »
N’y tenant plus, elle sortit en bondissant de sa cachette.
« Aie, mes rhumatismes »
– Germain, repose ce tableau tout de suite !
– Oh, Louise, je suis ravi de te voir. Ce tableau va rester ici, je l’ai enlevé uniquement pour voir ce qu’il y avait derrière.
Il tendit la main vers le mur, la plongea dans un trou énorme, que la mairie n’avait jamais fait réparer, et en sortit une petite boite en fer. La petite boite de Ferdinand. Louise en était restée bouche-bée. A force de la suivre, il avait été plus malin qu’elle, et avait trouvé son trésor. Elle était folle de rage. Germain la lui tendit.
« Tiens. Fais-moi une bise et on sera quitte ».