Surf

Surf

Une vague. La dernière vague. Rick la voulait, la plus grande, la plus dangereuse aussi. Sous le soleil ambré d’Hawaï, en cette fin de journée, sa planche de surf luisait. Il se frotta les mains, regarda l’horizon. Il la voulait, il l’aurait, il l’attendait, la voyait déjà venir. Kathy s’était assise sur le sable, prête à filmer les exploits de son amoureux. Il restait quelques surfeurs autour d’eux, de vrais gamins ; sautant dans l’eau, s’amusant, riant beaucoup. L’atmosphère était détendue. Kathy jeta un œil sur Rick. Il était figé dans la contemplation de l’océan. Une légère brise soulevait ses boucles blondes. Kathy le comparait volontiers au dieu des surfeurs, et pour elle, il était quasiment d’essence divine. L’admiration qu’elle lui portait était sans bornes.

Il s’était rapproché de l’eau, sa planche sous le bras. Rick se retourna vers Kathy, lui fit un clin d’œil et s’élança. Au fil des minutes, les vagues s’étaient faites plus fortes, et certains camarades avaient déjà renoncé à les dompter. Ils étaient revenus vers Kathy, regardant s’éloigner la tête blonde de Rick. Une première vague, un peu plus forte, un peu plus haute que les autres, vint s’écraser sur le sable. Les jeunes étaient tous tournés vers l’océan, scrutant le bleu intense, dans l’espoir d’apercevoir Rick. Ils le virent alors danser sur une vague, puis une autre, muets d’admiration, son talent venait les éblouir comme l’éclat du soleil. Kathy était fière, l’orgueil d’être l’élue de son cœur affleurait.

Petit à petit, imperceptiblement, centimètres par centimètres, les vagues devenaient plus hautes, plus fortes, plus dures. Elles étaient exigeantes, la perfection ou rien. Plus aucune erreur n’était tolérée. Et pourtant, Rick avait toujours la même aisance, celle d’un garçon qui avait confiance en lui, en ses capacités. Pourtant, par petites touches, les vagues lui en demandaient toujours plus. La danse sur l’eau se faisait plus saccadée, plus hésitante. De légers tiraillements dans ses jambes se faisaient sentir. Rick hésitait. Peut-être lui faudrait-il abandonner avant. Non, il n’en avait pas le droit. Vaincre la mère, l’originelle, la grande dame, c’était son destin. Il ne s’autorisait aucune peur, aucune faiblesse. D’après les services météo, il aurait rendez-vous avec sa vague dans quinze minutes. Il s’acharna, continuait malgré la fatigue, s’évertuant à dompter celles qu’il appelait les petites sœurs. Et toujours la danse, endiablée, qui venait chercher toutes les ressources en lui, la résistance, le courage, le mental. Rick et les vagues étaient dans un duo torride, dangereux. Ses cheveux blonds rayonnaient toujours.

Mais il ne voyait plus. Il ne voyait plus les gestes désespérés de ses amis pour qu’il revienne. Il ne voyait plus le visage en larmes de Kathy. Il n’entendait plus non plus leurs cris, leurs appels, plus rien ne l’atteignait. Et soudain, l’originelle, la déesse mère, la plus grande de toutes les vagues était là. Elle sourit à Rick, et de toute sa hauteur l’embrassa avec fougue. 

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