Un retard, mon retard

Un retard, mon retard


Le métro était arrêté. Encore un matin où elle serait en retard. Elle jeta un œil autour d’elle. La plupart des personnes semblaient résignées. Peut-on prendre l’habitude des pannes à répétition ? Une dame grimaçait. Une radio sous le bras, Julie l’imaginait se rendre à l’hôpital. Plus loin, dans la rame, une femme allaitait son enfant. Un silence respectueux s’était installé. Un couple assis en face d’elle regardait un film sur un téléphone. Mais, elle le savait, au moindre grésillement du haut-parleur, l’état de grâce cesserait, et les voix s’élèveraient pour réclamer la remise en service du trafic ou pour se plaindre du manque de fiabilité. Julie ferma les yeux. Son échappatoire à elle, quand cela arrivait, c’était la musique. La musique classique plus précisément. Brahms, Schubert, Chopin étaient devenus ses compagnons préférés grâce à sa mère, qui l’avait traînée dès son plus jeune âge de théâtres en opéras.


J’ai couru pour attraper la rame, inutilement. Elle était arrêtée depuis au moins quelques minutes au regard du monde qu’il y avait déjà. J’ai néanmoins réussi à trouver une place assise, coincée entre un jeune couple captivé par Netflix, une dame âgée qui avait l’air assez mal en point, une mère et son bébé qui s’agitait. Il y avait de quoi être tendus, mais je trouvais mes compagnons d’infortune assez calme dans l’ensemble. Mon seul regret était qu’une nouvelle fois, j’allais être en retard. J’ai saisi mon sac d’une main ferme, et y plongeait à la recherche du livre perdu. Non, je ne lisais pas Proust à ce moment-là, mais j’aurais pu. A la place, j’avais sorti une biographie du compositeur Frédéric Chopin. Je baignais dans la musique classique et les airs d’opéras depuis mon enfance, grâce à ma mère, véritable encyclopédie d’art musical. Je commençais à lire, étonnamment, tout était calme dans la rame, on n’entendait que les bruits de succion de l’enfant, que la mère avait mis sur son sein. Moi qui n’aime guère les transports en commun, ce matin-là, je me suis réconciliée avec l’humanité.

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